VOULLAND

Jean-Henri Voulland

Age : Né à Uzès, 42 ans en Thermidor

Profession : Avocat

Fonction(s) : Elu député du Gard le 5 septembre 1792 à la Convention,  membre du Comité de sûreté générale du 14 septembre 1793 au 15 fructidor an II.

Origines et parcours politique de Voulland

De confession Calviniste, Jean-Henri Voulland fut, dix ans avant la Révolution, avocat au Parlement de Paris puis à ceux de Toulouse et d’Uzès(1)cf. Albert SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 1098. Il fut proche du constituant et futur girondin Rabaut Saint-Etienne, à l’origine de l’édit de Tolérance accordant la liberté de conscience des protestants en 1787(2)cf. Martyn LYONS The 9nth Thermidor – Motives and effects, European Studies Review, 1975, p. 138. Elu aux Etats généraux par la sénéchaussée de Nîmes, il devint député à la Constituante où il fit déjà partie du Comité des Recherches, ancêtre du Comité de sûreté générale. Juge au tribunal du district d’Uzès à la dissolution de l’Assemblée, son département l’envoie siéger à la Convention le 5 septembre 1792, à l’issue d’un scrutin très serré avec les modérés.

Siégeant à la Montagne, Voulland se fait le porte-parole des « patriotes prononcés » de Nîmes et obtient la réintégration du maire Jacobin de la ville, Courbis. Il vote la mort du roi en souhaitant ne plus jamais avoir à recourir à un tel acte. Proche des Cordeliers, il est tour à tour envoyé en mission à Montpellier et dans son département en avril 1793 pour la levée des 300.000 hommes, devient secrétaire puis président de la Convention en novembre, et ultérieurement, des Jacobins(3)cf. Albert SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 1098 ; A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. V, p. 549.

Voulland au Comité de Sûreté Générale

C’est suite au vaste renouvellement du Comité de sûreté générale — consécutif au scandale de la liquidation de la Compagnie des Indes — que Voulland en devient membre le 14 septembre 1793, aux côtés de Vadier, Le Bas, Boucher Saint-Sauveur, David, Rühl, Lebon, Panis et Moyse Bayle(4)cf. Emilie CADIO, Le Comité de sûreté générale (1792-1795), in La Révolution française — Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française 3|2012, p. 5.

Les membres du Comité se répartissant le travail par régions, Voulland fut chargé, avec Vadier et Moyse Bayle, de celle du Nord – Est(5)cf. Emilie CADIO, Le Comité de sûreté générale (1792-1795), in La Révolution française — Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française 3|2012, p. 6.
Avec un total de 41 affaires, Voulland fut le principal rapporteur devant la Convention de grandes affaires politiques dont elle chargea le Comité de Sûreté, loin devant Amar (17 affaires), Du Barran, Vadier et Lacoste(6)cf. E. CADIO, Le Comité de sûreté générale (1792-1795), in La Révolution française — Cahiers de l’IHRF 3|2012, p. 9.

A l’origine du décret permettant au Comité de sûreté de traduire directement les détenus devant le Tribunal révolutionnaire(7)cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, p. 1098, Voulland fut, aux côtés de Vadier, l’un des principaux membres du Comité à inspecter régulièrement son activité(8)cf. E. CADIO, Le Comité de sûreté générale (1792-1795), in La Révolution française — Cahiers de l’IHRF 3|2012, p. 10.
Dans Les crimes des sept membres, Lecointre lui reprocha, ainsi qu’à Amar, d’avoir remis en mains propres à Fouquier-Tinville le décret excluant des débats et jugeant sur le champ tout accusé en rébellion contre les autorités. Ils répondaient ainsi à la requête du 15 germinal transmise aux comités de gouvernement par Fouquier, où les dantonistes réclamaient la comparution à leur procès d’une quinzaine de députés. Avec Vadier, Amar et David, Voulland aurait fait pression sur les jurés, via Herman, pour condamner Danton et ses proches(9)cf. L. LECOINTRE, Les crimes des sept membres des anciens Comités de salut public et de sûreté générale (…), an III, pp. 20-21.

Voulland pendant la crise de Thermidor

Avec Amar, il se rend le 5 thermidor auprès des 70 députés girondins incarcérés depuis plus d’un an. L’affaire sera rapportée à Payan et tous deux seront bientôt interrogés à ce sujet par l’administrateur de Police Teurlot(10)cf. Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc. t. II, pp. 367-370.

Correspondance de Voulland au coeur de la crise

Le 8 thermidor au matin, avant le discours de Robespierre à la Convention, dans une lettre adressée aux administrateurs du district d’Uzès, Voulland délivre du contexte politique une version voisine de celles de Barère et Couthon des trois jours précédents(11)cf. Albert MATHIEZ, Girondins et montagnards, chap. VII, pp. 173, 175-176. Elle nie toute discorde au sein des comités de gouvernement, n’y voyant qu’une rumeur propagée par des personnes intéressées par la déstabilisation du Gouvernement révolutionnaire.

Dans sa lettre suivante du lendemain matin, Voulland informe ses compatriotes de la crise engendrée par le discours prononcé la veille par Robespierre. S’il s’en afflige, Vouland l’apprécie aussi comme dénuée de divergences de fond, seulement « de petits amours blessés qui se sont aigris avec le temps, et dont l’explosion a été terrible », rejoignant en ce point Saint-Just dans le rapport qu’il s’apprêtait à prononcer le jour même. Le qualifiant d’« athlète utile » à la défense de la République, il réfute toute manœuvre du gouvernement contre Robespierre, et reprend l’argument avancé la veille au soir par Collot d’Herbois, selon lequel l’Incorruptible n’a pu y croire que parce qu’il aurait « été singulièrement abusé ». Il souhaite enfin que la séance à venir de la Convention puisse « éclairer les esprits et les rapprocher »(12)cf. A. MATHIEZ, Girondins et montagnards, chap. VII, pp. 177-178.

Près d’un an après les faits, l’agent du Comité de salut public Dulac témoigna qu’après la capture d’Hanriot et de ses aides de camp à l’Hôtel de Brionne, il aurait alerté Voulland de leur faible protection. Ce dernier l’aurait renvoyé au Comité de salut public(13)cf. Edme-Bonaventure COURTOIS, Rapport (…) sur les événements du 9 thermidor (…), Paris, de l’Imprimerie nationale, floréal an IV, Pièces justificatives, n°XXXIX, p. 209.

Interventions à la Convention le 9 thermidor

Après la mise hors la loi d’Hanriot par la Convention survenue vers 21 h., Voulland fait adopter au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale Barras comme nouveau chef de la Garde nationale. Il recommande à l’ensemble de ses collègues de choisir ce nouveau successeur d’Hanriot (le 3e en 24 h. après Hesmart et Fauconnier) « dans [son] sein »(14)cf. Archives Parlementaires, t. XCIII, p. 590 ; Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XXI, Paris, Plon, 1861, pp. 340-341.

Après le premier rapport des deux comités sur les débuts de l’insurrection lu par Barère, Voulland reprend la parole pour demander que « Robespierre et les autres », qui comme Hanriot se sont soustraits à leurs décrets d’arrestation, soient compris dans les mises hors-la-loi, ce qui est adopté. Son prédécesseur à la tribune, qui n’avait ajouté aucun nom aux mises hors-la-loi déjà décidées dans la dernière demi heure, venait cependant de préciser qu’elle concerneraient également « les individus qui, frappés de décret d’arrestation (…), n’auront pas déféré à la loi, ou (…) s’y seraient soustraits »(15)cf. Archives Parlementaires, t. XCIII, p. 592 ; Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XXI, pp. 340-341 ; P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, pp. 255-256.

L’historien du XIXe siècle Villiaumé prétendit que Voulland se trouva derrière une manœuvre du Comité de sûreté générale consistant à faire refuser l’emprisonnement des députés robespierristes. Il s’appuie sur les témoignages des conventionnels Laloi, Mallarmé et Choudieu, selon lesquels Voulland aurait confié à des proches vouloir rendre possible la mise hors-la-loi des députés. Villiaumé en voulait pour preuve qu’aucun geôlier ne fut poursuivi après les événements de thermidor, malgré la loi du 13 brumaire an II qui punissait de mort tous gardiens convaincus d’avoir favorisé l’évasion des prisonniers(16)cf. N. VILLIAUMÉ, Histoire de la révolution française. 1789-1796, Vol. 4 p. 173. Seul élément allant dans le sens de cette hypothèse marginale, un mémoire inédit où Billaud-Varenne estima que mettre en procès Robespierre aurait été délicat(17)cf. Mémoire inédit de Billaud-Varenne, in Revue Historique de la Révolution Française, janvier-mars 1910, p. 30 (+ notes).

Voulland après le 9 Thermidor

Dans une lettre du 27 thermidor, il expose à ses compatriotes d’Uzès les troubles causés par une partie du personnel du Tribunal révolutionnaire de Nîmes et de son maire, Courbis, fidèles à Robespierre. Boudon, juge du tribunal qui venait d’être destitué, se serait suicidé le 19 thermidor à la tribune de la société populaire (il avait considéré la veille qu’avec la chute de l’Incorruptible, « la contre-révolution était opérée dans la République »)(18)cf. A. MATHIEZ, Girondins et montagnards, chap. VII, pp. 178-183.

Avec David, Amar et Vadier, Voulland fait partie des membres du Comité de sûreté générale visés par Lecointre le 12 fructidor an II comme les continuateurs de Robespierre. Malgré l’échec de cette offensive, il quitte le Comité trois jours plus tard. Le 7 nivôse an III, Voulland est blanchi ainsi qu’Amar par un rapport de Merlin de Douai alors qu’une enquête est ouverte contre Barère, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois et son collègue Vadier. Il se soustrait au décret d’arrestation qui le frappe après les émeutes de prairial et dut se cacher chez le libraire Maret jusqu’à l’amnistie de vendémiaire an IV(19)cf. A ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. V, p. 549. Devenu fonctionnaire dans les bureaux du Conseil des Cinq-cents sous le Directoire, il perdit son emploi après le 18 brumaire an VIII, et mourut en 1801 dans un état proche de la misère(20)cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, p. 1099.

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Réferences   [ + ]

1. cf. Albert SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 1098
2. cf. Martyn LYONS The 9nth Thermidor – Motives and effects, European Studies Review, 1975, p. 138
3. cf. Albert SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 1098 ; A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. V, p. 549
4. cf. Emilie CADIO, Le Comité de sûreté générale (1792-1795), in La Révolution française — Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française 3|2012, p. 5
5. cf. Emilie CADIO, Le Comité de sûreté générale (1792-1795), in La Révolution française — Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française 3|2012, p. 6
6. cf. E. CADIO, Le Comité de sûreté générale (1792-1795), in La Révolution française — Cahiers de l’IHRF 3|2012, p. 9
7. cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, p. 1098
8. cf. E. CADIO, Le Comité de sûreté générale (1792-1795), in La Révolution française — Cahiers de l’IHRF 3|2012, p. 10
9. cf. L. LECOINTRE, Les crimes des sept membres des anciens Comités de salut public et de sûreté générale (…), an III, pp. 20-21
10. cf. Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc. t. II, pp. 367-370
11. cf. Albert MATHIEZ, Girondins et montagnards, chap. VII, pp. 173, 175-176
12. cf. A. MATHIEZ, Girondins et montagnards, chap. VII, pp. 177-178
13. cf. Edme-Bonaventure COURTOIS, Rapport (…) sur les événements du 9 thermidor (…), Paris, de l’Imprimerie nationale, floréal an IV, Pièces justificatives, n°XXXIX, p. 209
14. cf. Archives Parlementaires, t. XCIII, p. 590 ; Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XXI, Paris, Plon, 1861, pp. 340-341
15. cf. Archives Parlementaires, t. XCIII, p. 592 ; Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XXI, pp. 340-341 ; P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, pp. 255-256
16. cf. N. VILLIAUMÉ, Histoire de la révolution française. 1789-1796, Vol. 4 p. 173
17. cf. Mémoire inédit de Billaud-Varenne, in Revue Historique de la Révolution Française, janvier-mars 1910, p. 30 (+ notes)
18. cf. A. MATHIEZ, Girondins et montagnards, chap. VII, pp. 178-183
19. cf. A ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. V, p. 549
20. cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, p. 1099