MERLIN de THIONVILLE

Antoine Merlin, dit

Age : Né à Thionville, 31 ans en Thermidor.

Adresse : 44 rue Saint Thomas du Louvre

Surnom : Appelé Merlin de Thionville pour le distinguer de son collègue conventionnel Merlin de Douai.

Métier : Avocat

Fonction(s) : Député de la Moselle à la Convention depuis le 4 septembre 1792, membre du Comité de sûreté générale après Thermidor, au 1er août 1794.

Origine et parcours de Merlin de Thionville

Débuts politiques

Initialement destiné à une carrière ecclésiastique, Merlin de Thionville devint avocat au Parlement de Metz un an avant la Révolution. Il s’engagea ensuite dans la vie municipale et devint bientôt commandant de la garde nationale de sa ville.

Formant le trio cordelier avec Chabot et Basire dès son mandat à l’Assemblée législative, il fut aux Jacobins un fougueux dénonciateur des manœuvres du pouvoir royal. Merlin de Thionville obtint la création du Comité de Surveillance (ancêtre du Comité de sûreté générale), dans lequel il siégea. Il obtint la confiscation des biens des émigrés et participa à la journée du 10-Août 1792. Mais il fut par la suite accusé d’avoir sauvé le duc de Choiseul et favorisé la fuite de la famille royale vers l’Assemblée législative. Peu après sa réélection à la Convention, l’ancien ministre de la guerre Narbonne-Lara lui reprocha également d’avoir reçu de l’argent de la Cour, accusation à laquelle il ne para qu’en redoublant d’agressivité contre la royauté et en hâtant le jugement du roi.

Missions de Merlin de Thionville auprès des armées

Envoyé en mission à l’armée de Mayence, dirigée par le général Kléber fin décembre, Merlin de Thionville n’assista pas à la fin du procès de Louis XVI, durant lequel il avait adopté une position changeante. De Mayence, il se prononça néanmoins pour sa mort et demeura dans la ville rhénane jusqu’à sa reprise par les Prussiens fin juillet 1793, après un siège de quatre mois. A son retour, il s’engagea à porter la moustache jusqu’à la reprise de la ville, ce qu’il fit. Avec Rewbel, son comportement à la fin du siège fut mis en cause par Robespierre et Carnot, mais Thuriot, Chabot et Barère le mirent hors de cause, là où Custine, puis Beauharnais le 5 thermidor, payèrent de leur tête la capitulation(1)cf. Albert SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 741 ; A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. IV, pp. 349-350.

Avec Kléber, Merlin de Thionville rejoignit l’armée de l’Ouest en Vendée. A Rémouillé, ils firent connaissance avec le jeune financier Ouvrard, envoyé par le général Boivin, qui l’a probablement placé sous la protection de l’un des deux. La proximité de Merlin avec les députés d’affaires rend plausible que Merlin ait renseigné Ouvrard sur l’état et les pratiques des affaires à Paris(2)cf. Arthur LEVY, Un grand profiteur de guerre, Calmann-Lévy, 1929, p. 16-19.
Bien que s’étant à nouveau illustré sur les champs de bataille et lié avec Hoche, Merlin de Thionville fut rappelé par la Convention en novembre 1793 et dut se disculper d’accusations d’enrichissement personnel. Sans renier ses liens avec Chabot, Basire et Danton, il se fit ensuite discret tout en continuant d’intervenir à la tribune, se concentrant sur son activité au Comité de la Guerre(3)cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 741 ; A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. IV, p. 350.

Merlin de Thionville pendant le 9 Thermidor

Brève arrestation entre les deux séances de la Convention

Vers 17 h. il est apostrophé avec d’autres députés sur la place du Palais-Egalité (Palais Royal) par Hanriot, en chemin vers le Comité de sûreté générale pour libérer Robespierre. Selon l’historien de la 1re moitié du XIXe siècle Léonard Gallois, qui s’appuie sans le nommer sur un témoin de la scène, Merlin de Thionville aurait protesté de son dévouement à l’Incorruptible et se serait démarqué de la faction qui l’a fait arrêter(4)cf. Annales révolutionnaires 1908, C. VELLAY, Merlin de Thionville au 9 thermidor, pp. 682-683, d’après Léonard GALLOIS, Histoire de la Convention nationale d’après elle-même, 1837, t. VII, p. 267. Interpellé, il aurait été sous la garde du gendarme Merda(5)cf. L. SAUREL, Le 9 thermidor – Le jour où finit la Terreur, R. Laffont, Paris, 1962, pp. 137-138, puis remis au corps de garde du Palais, composé par des gardes nationaux de la section modérée de la Montagne, lequel remet le député en liberté sitôt Hanriot reparti. Merlin les aurait enjoint d’aller dissuader les citoyens d’obéir au général, décrété d’arrestation par la Convention(6)cf. Paul SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, pp. 217-218, d’après le Compte rendu du Comité révolutionnaire de la section de la Montagne (A. N., AFII 47, pl. 367, 11).

Agissements à partir de la seconde séance de la Convention

Il fit le récit de son interpellation au début de la seconde séance de l’assemblée(7)cf. Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XXI, Paris, Plon, 1861, p. 338 ; P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 249.

En tant que membre du comité de la guerre, il expédia les brigades de gendarmerie de la Seine et de la Seine-et-Oise sur divers points stratégiques de Paris(8)cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. IV, p. 350.

Doté, en début de soirée, des pouvoirs de représentant auprès des armées en tant qu’adjoint de Barras, Merlin de Thionville aurait été acclamé par l’ensemble des 400 hommes envoyés par la Commune à la Trésorerie nationale vers minuit quand il s’y présenta(9)cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, p. 259. Il aurait également, durant la nuit du 9 au 10 thermidor, il aurait dirigé l’arrestation des administrateurs de police(10)cf. G. WALTER, La Conjuration du 9 Thermidor, p. 272.

Merlin de Thionville après Thermidor

Merlin de Thionville intégra le Comité de sûreté générale le 14 thermidor (1er août 1794), pour aussitôt déplorer « que les choses n’avaient été faites qu’à demi »(11)cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. IV, p. 350. Il se serait plaint que ce comité, même après le 10 thermidor, ait dépêché des espions contre lui(12)cf. R. COBB, Les témoignages de Rühl, AHRF 1955, p. 114.

Il relaya à la Convention la cause des 132 Nantais, dont les 91 survivants furent acquittés le 28 fructidor an II à l’issue d’un procès retentissant de six jours(13)cf. J. WOLFF, Le financier Ouvrard, Taillandier, 1992, p. 24. Il présidait l’assemblée durant l’offensive des 11-13 fructidor de Tallien et Lecointre contre le système de la Terreur et sept membres des comités de gouvernement accusés d’avoir été complices de la tyrannie de Robespierre.

Tout en s’opposant au rappel des 73 girondins, il fut le premier à demander la fermeture du club des Jacobins. Brièvement retourné à Mayence, il en revint en germinal an III pour écraser avec Pichegru les faubourgs à l’occasion des journées de germinal-prairial. A nouveau attaqué pour son goût du luxe (notamment par Ruamps), il devint un important propriétaire foncier tout en poursuivant sa carrière politique sous le Directoire jusqu’en l’an VI. A nouveau dénoncé sous la Consulat pour ses malversations, il se retira dans l’Aisne, et parvint à éviter l’exil durant la Restauration au prétexte de son absence lors des scrutins qui décidèrent de la mort du roi. Il mourut en 1833(14)cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, 1989, p. 742.

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Réferences   [ + ]

1. cf. Albert SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 741 ; A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. IV, pp. 349-350
2. cf. Arthur LEVY, Un grand profiteur de guerre, Calmann-Lévy, 1929, p. 16-19
3. cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 741 ; A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. IV, p. 350
4. cf. Annales révolutionnaires 1908, C. VELLAY, Merlin de Thionville au 9 thermidor, pp. 682-683, d’après Léonard GALLOIS, Histoire de la Convention nationale d’après elle-même, 1837, t. VII, p. 267
5. cf. L. SAUREL, Le 9 thermidor – Le jour où finit la Terreur, R. Laffont, Paris, 1962, pp. 137-138
6. cf. Paul SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, pp. 217-218, d’après le Compte rendu du Comité révolutionnaire de la section de la Montagne (A. N., AFII 47, pl. 367, 11)
7. cf. Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XXI, Paris, Plon, 1861, p. 338 ; P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 249
8, 11. cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. IV, p. 350
9. cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, p. 259
10. cf. G. WALTER, La Conjuration du 9 Thermidor, p. 272
12. cf. R. COBB, Les témoignages de Rühl, AHRF 1955, p. 114
13. cf. J. WOLFF, Le financier Ouvrard, Taillandier, 1992, p. 24
14. cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, 1989, p. 742

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