COURTOIS

Edme-Bonaventure Courtois

Adresse : rue Saint Honoré à la ci-devant Assomption

Age : Né à Troyes, 39 ans en thermidor.

Métier : Négociant

Fonction(s) : Elu député de l’Aube, membre du Comité des Pétitions.

Parcours et débuts politiques d’Edme-Bonaventure Courtois

Fils d’un boulanger, Edme-Bonaventure Courtois fut envoyé au Collège de l’Oratoire où il aurait été le camarade de Danton. Négociant avant la Révolution, il s’établit à Arcis-sur-Aube en tant que changeur, avant d’en devenir en 1790, par l’entremise de Danton, le receveur de district. Poursuivi après la fusillade du Camp de Mars, ce dernier aurait brièvement rejoint Courtois à Arcis avant de passer en Angleterre. Député discret sous l’Assemblée législative, Courtois siège aux côtés du trio cordelier formé par Chabot, Basire et Merlin de Thionville. Après le 10 Août, il est chargé de l’examen des papiers de Marie-Antoinette avant d’être réélu à la Convention par son département de l’Aube le 4 septembre 1792(1)cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. II, p. 206 ; P.-M. FAVRET, Documents biographiques sur le conventionnel Courtois, Revue historique de la Révolution française, 1914, pp. 265-266 ; Albert SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 307.

Courtois conventionnel 

Siégeant sur les bancs de la Montagne à la Convention, Courtois attaque Dumouriez et les Girondins, et défend Marat au moment de sa mise en accusation. Peu avant la chute des Girondins, il est envoyé en mission auprès de l’armée du Nord avec Beffroy. Ses liens étroits avec les personnes chargées de la fourniture aux armées (dont certains seront condamnés à mort par le Tribunal révolutionnaire en floréal et prairial an II) le font accuser de malversations et rappeler à Paris le 31 juillet 1793 par un Comité de salut public rénové, duquel avait été exclu Danton(2)cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, pp. 307-308 ; P.-M. FAVRET, Documents biographiques sur le conventionnel Courtois, Revue historique de la Révolution française de 1914, pp. 266-267. Sans le nommer, Barère — qui dès 1793 l’avait accusé d’avoir soustrait des pièces des papiers de la reine — précisera dans ses Mémoires qu’il avait « cherché à spéculer avec l’argent de la caisse de l’armée, sous le nom de son beau-père »(3)cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 307 ; Mémoires de B. Barère t. II, Paris, J. Labitte, 1842, p. 137 . Saint-Just aurait fait allusion à cette affaire durant la réunion plénière du 5 thermidor(4)cf. Albert OLLIVIER, Saint-Just et la force des choses, Hachette (LDP), 1966, p. 563.

Courtois participe, aux côtés de Thuriot, à la campagne infructueuse des Indulgents contre le Comité de salut public le 25 septembre 1793, puis n’intervient presque plus après l’arrestation le 27 brumaire an II (17 novembre 1793) de Basire et Chabot, consécutive au scandale de la liquidation de la Compagnie des Indes(5)cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, p. 308.

Courtois pendant le 9 Thermidor

En compagnie de Robin, un autre député de l’Aube, Courtois se restaure chez Berger rue (Saint-)Honoré, à proximité du Palais Egalité (ci-devant Palais-Royal) après la clôture de la première séance de la Convention, pendant laquelle furent arrêtés Robespierre, son frère, Saint-Just, Couthon et Le Bas. D’une fenêtre du restaurant ils aperçoivent Hanriot qui, à la tête d’une cinquantaine de gendarmes à cheval, se dirige une bruyamment vers le Comité de sûreté générale.

Parvenus à l’Hôtel de Brionne vers 17h30(6)cf. Paul SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 218 (note 3), le chef de la force armée parisienne et quelques hommes font irruption dans une salle de réunion du Comité et appréhendent un de ses membres, probablement Amar. Rühl et Robin tentent de s’interposer en désignant Hanriot comme l’homme à arrêter. Rejoints par Julliot, chef de la 2e légion en service auprès de la Convention alerté peut être par Courtois, ils parviennent à faire maîtriser Hanriot par une partie des gendarmes des tribunaux et de ceux qui avaient accompagné le général frappé d’un décret d’arrestation.

Garrotté, Hanriot rejoint temporairement Robespierre et les quatre autres députés arrêtés, détenus dans les locaux du Comité depuis 17 h.(7)cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, pp. 218-219, d’après le rapport du brigadier de gendarmerie Jeannolle daté du soir-même (A. N., F7 4432) et
Edme-Bonaventure COURTOIS, Rapport (…) sur les événements du 9 thermidor (…), Paris, Impr. nationale, floréal an IV, p. 65 (notes 4 & 5) ; Albert MATHIEZ, Robespierre à la Commune in « Autour de Robespierre » Payot, 1957, p. 210
Constatant qu’ils essayaient de communiquer avec Hanriot, l’huissier Chevrillon conduit les cinq députés dans le secrétariat du Comité. Robin, de son côté amène Hanriot au Comité de salut public pour recommander son exécution immédiate, ce à quoi n’accèdent pas Barère et Billaud-Varenne, qui le renvoient au Comité de sûreté générale(8)cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, pp. 218-220 ; A. MATHIEZ, Robespierre à la Commune in « Autour de Robespierre » Payot, 1957, pp. 210-211, d’après E.-B. COURTOIS, Rapport (…) sur les événements du 9 thermidor (…), Paris, Impr. nationale, floréal an IV, pp. 66-67 (notes 1 & 2, témoignages de Robin et Chevrillon).

Courtois après le 9 Thermidor

Aux côtés notamment de Charles Duval, Courtois est nommé le 24 thermidor dans la commission chargée d’examiner la conduite des conjurés robespierristes et d’inventorier leurs papiers. Il dirige ensuite la rédaction des rapports sur les papiers trouvés chez Robespierre, puis sur les événements du 9 thermidor an II. Ayant intégré le Comité de sûreté générale le 16 germinal an III (5 avril 1795), il appuie l’arrestation de Barère, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois et Vadier (il avait également participé, en ventôse an III à la commission chargée d’examiner leur conduite), et concourut à la nomination de Delmas et Barras comme défenseurs de la Convention lors des émeutes de prairial an III. N’allant pas jusqu’à soutenir la jeunesse dorée, il est accusé par Saladin de ne pas avoir publié l’intégralité des pièces censées figurer dans ses rapports sur les robespierristes et le 9 Thermidor, afin de protéger certaines personnalités.

Courtois parvient cependant à siéger au Conseil des Anciens durant la première année du Directoire. Un an après une tentative infructueuse, il est à nouveau élu en l’an VII, et se signale par son opposition à la liberté de la presse et aux néo-jacobins, auxquels il prête la volonté de réaliser un coup d’Etat. Applaudissant malgré cela au coup d’Etat bonapartiste du 18 brumaire, il siège au Tribunat jusqu’en 1802, date de son exclusion au motif d’acquisitions frauduleuses de biens nationaux. Il se retire alors dans un village de la Meuse, mais en devient le maire pendant les Cent jours, ce qui lui vaut l’exil en 1816(9)cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, p. 308.

Il aurait cherché à monnayer son amnistie contre la cession de lettres impliquant le comte de Provence — futur Louis XVIII — avec le marquis de Favras, exécuté après avoir tenté de constituer une garnison de fidèles au roi en octobre 1789. Une partie de ses documents seront saisis par la police de Decazes mais Courtois parviendra à en emporter une partie dans son exil à Bruxelles, où il décédera la même année(10)cf. Georges LEFEBVRE, Les chantages du Conventionnel Courtois, AHRF 1925, p. 176.

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Réferences   [ + ]

1. cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. II, p. 206 ; P.-M. FAVRET, Documents biographiques sur le conventionnel Courtois, Revue historique de la Révolution française, 1914, pp. 265-266 ; Albert SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 307
2. cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, pp. 307-308 ; P.-M. FAVRET, Documents biographiques sur le conventionnel Courtois, Revue historique de la Révolution française de 1914, pp. 266-267
3. cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989, p. 307 ; Mémoires de B. Barère t. II, Paris, J. Labitte, 1842, p. 137
4. cf. Albert OLLIVIER, Saint-Just et la force des choses, Hachette (LDP), 1966, p. 563
5, 9. cf. A. SOBOUL (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, p. 308
6. cf. Paul SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 218 (note 3)
7. cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, pp. 218-219, d’après le rapport du brigadier de gendarmerie Jeannolle daté du soir-même (A. N., F7 4432) et
Edme-Bonaventure COURTOIS, Rapport (…) sur les événements du 9 thermidor (…), Paris, Impr. nationale, floréal an IV, p. 65 (notes 4 & 5) ; Albert MATHIEZ, Robespierre à la Commune in « Autour de Robespierre » Payot, 1957, p. 210
8. cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, pp. 218-220 ; A. MATHIEZ, Robespierre à la Commune in « Autour de Robespierre » Payot, 1957, pp. 210-211, d’après E.-B. COURTOIS, Rapport (…) sur les événements du 9 thermidor (…), Paris, Impr. nationale, floréal an IV, pp. 66-67 (notes 1 & 2, témoignages de Robin et Chevrillon)
10. cf. Georges LEFEBVRE, Les chantages du Conventionnel Courtois, AHRF 1925, p. 176