AMAR

Jean Pierre André Amar

Age : Né à Grenoble, 39 ans en thermidor.

Adresse : 54 rue de la Ville-l’Evêque

Métier : Avocat

Fonction(s) : Elu député de l’Isère à la Convention nationale le 9 septembre 1792 ;

membre du Comité de sûreté générale depuis le 16 juin 1793

Origine et parcours politique d’Amar

Issu d’une famille aisée, Amar devint avocat au Parlement de Grenoble puis se rendit acquéreur de la charge de Trésorier de France, qui lui conférait la noblesse. Il ne se rallia qu’aux idées nouvelles qu’en 1792 mais fut élu dès le 9 septembre par son département de l’Isère à la Convention. Il se distingua par la virulence de ses dénonciations contre les manoeuvres des émigrés dans le Rhin et contre Louis XVI lors de son procès, s’opposant notamment à l’appel au peuple : « La souveraineté du peuple consiste à faire des actes généraux ; on ne doit pas confondre les actes délégués avec les actes de législature. Le peuple ne peut être magistrat ; le peuple ne peut remplir aucune des fonctions qu’il a le droit de déléguer. » Il soutint, le 10 mars 1793, la proposition de Lindet visant à la création d’un Tribunal révolutionnaire puis fut envoyé en mission dans l’Ain et l’Isère, où il fit preuve d’une grande rigueur. Adversaire des Girondins, il fut à l’origine du décret d’arrestation contre Buzot, et conclut, le 3 octobre, contre Vergniaud et Guadet, au nom du Comité de sûreté générale qu’il avait entre temps rejoint(1)cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. I, pp. 50-51.

Amar au sein du Comité de sûreté générale

Amar fut à l’origine du décret d’arrestation des 75 députés Girondins ayant protesté contre les émeutes des 31 mai et 2 juin(2)cf. J. TULARD, J.-F. FAYARD et A. FIERRO, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Robert Laffont, 1987, p. 517. Il voulut les inclure dans son rapport contre les Girondins du 3 octobre 1793, mais Robespierre s’opposa à ce qu’ils soient poursuivis(3)cf. R. COBB, Les témoignages de Rühl, AHRF 1955, p. 114 note 7, d’après la Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XVIII, Paris, Plon, 1860, p. 37.

Le député dantoniste Laurent Lecointre reprocha à Amar et Voulland dans son second mémoire thermidorien d’avoir remis à Fouquier-Tinville le décret excluant des débats et jugeant sur le champ tout accusé en rébellion contre les autorités. Ils répondaient ainsi à la requête du 15 germinal transmise aux comités de Salut public et de Sûreté générale par Fouquier, où les dantonistes réclamaient la comparution à leur procès d’une quinzaine de députés. Ils durent encore, avec Vadier et David, inciter les jurés, via Herman, à condamner Danton et ses proches(4)cf. L. LECOINTRE, « Les crimes des sept membres des anciens Comités de salut public et de sûreté générale (…) », an III, pp. 20-21.

Conjointement avec Jagot, Amar fut chargé de remplacer presque la moitié des employés du Comité, congédiés suite au règlement du 20 germinal(5)cf. M. EUDE, Le comité de sûreté générale de la Convention in « L’Etat et sa police en France (1789-1914) », 1979, Droz, p. 18 (note 7).

Avec Louis du Bas-Rhin et Voulland, il secondait Jagot dans la surveillance du Bureau des détenus(6)cf. M. EUDE, Le Comité de Sûreté générale en 1793-1794, AHRF 1985, pp. 300-301. Leymerie, décrit par Lecointre comme un mouton, et le « secrétaire particulier d’Amar »(7)cf. L. LECOINTRE, « Les crimes des sept membres des anciens Comités de salut public et de sûreté générale (…) », an III, p. 21, semble avoir été son instrument dans la conspiration du Luxembourg(8)Déclaration du citoyen Denis Julien, Rapport au nom de la commission de vingt-un, n° XXVI, p. 189.

Dans l’affaire de la Compagnie des Indes, Amar fut à l’origine de l’inculpation de Fabre d’Eglantine, Bazire, Chabot, Delaunay et Julien de Toulouse pour royalisme et agiotage(9)cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889, t. I, pp. 50-51.

Lecointre dans son premier mémoire rapporta qu’Amar et Lacoste lui confièrent devant témoins, deux jours après la promulgation de la loi du 22 prairial, que les Comités n’avaient eu aucune part dans son élaboration(10)cf. L. LECOINTRE, Robespierre peint par lui-même et dénoncé par ses propres principes (…), impr. du Rougyff, s.d. (an II), p. 3.

Avec Voulland, Amar se rendit à la Prison des Madelonnettes le 5 thermidor auprès des 70 députés Girondins incarcérés depuis plus d’un an. L’affaire sera rapportée à Payan et ils seront bientôt interrogés à ce sujet par l’administrateur de police Teurlot(11) Cf. Papiers inédits trouvés chez Robespierre, St-Just, Payan, etc., t.II, pp.367-370.

Dans la période qui précédait le 9 thermidor, quand Tallien se déplaçait avec une dague et Robespierre avec son escorte, Amar se serait armé d’une canne-épée(12)cf. Martyn LYONS, The 9nth Thermidor – Motives and effects in European Studies Review, 1975,  p. 127, d’après A.N., W501, fonds Fouquier.

Dans son discours du 8 thermidor, Robespierre le cite nommément, ainsi que Jagot, dans un passage raturé(13)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XXXIII, p. 417 consacré à la critique du Comité de sûreté générale.

Amar pendant le 9 Thermidor

Vers 17h30(14)cf. Paul SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 218 (note 3), Hanriot et une cinquantaine de gendarmes  firent irruption dans une salle de réunion du Comité de sûreté générale. Il appréhenda voire molesta un de ses membres, probablement Amar : le député Robin, arrivé peu de temps après, témoigna l’avoir croisé « qui fuyoit à toutes jambes »(15)cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 219, d’après Edme-Bonaventure COURTOIS, Rapport (…) sur les événements du 9 thermidor…, Paris, de l’Imprimerie nationale, floréal an IV, p. 66 (note 1, témoignage de Robin).

Plus téméraire, Rühl se confronta ensuite à Hanriot et le désigna comme l’homme à arrêter. Après l’arrivée de Julliot, chef de la 2e légion en service auprès de la Convention et les députés Robin et Courtois, Hanriot fut maîtrisé par une partie des gendarmes des tribunaux et de ceux qui l’avaient accompagné(16)cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, pp. 219-220, d’après le rapport du brigadier de gendarmerie Jeannolle daté du soir-même, A. N., F7 4432.

Amar fut inclus dans la liste des factieux désignés par la Commune, aux côtés de Collot d’Herbois, Léonard Bourdon, Fréron, Tallien, Panis, Carnot, Dubois-Crancey (sic), Vadier, Javogue (sic), Dubarran (sic, cité deux fois !), Fouchet (sic), Granet, Moyse Bayle. Pour avoir « osé plus que Louis XVI lui-même, puisqu’ils ont mis en état d’arrestation les meilleurs citoyens », ils devront être à leur tour « arrêtés pour délivrer la Convention de l’oppression où ils la retiennent. »(17)cf. A. MATHIEZ, Robespierre à la Commune in « Autour de Robespierre » Payot, 1957, p. 223, d’après A.N., F7 4432.

Amar après le 9 Thermidor

Faisant partie des sept membres des anciens comités accusés dès fructidor an II par Lecointre d’avoir participé à la tyrannie de Robespierre, Amar ne fut pourtant pas inquiété jusqu’à son arrestation le 12 germinal an III, en raison de son implication supposée dans les émeutes. Emprisonné à la forteresse de Ham, il n’en sortit qu’après l’amnistie de brumaire an IV mais fut de nouveau arrêté sous le Directoire pour complicité avec Babeuf. Condamné à l’exil de Paris, il y demeura pourtant jusqu’à la fin de ses jours en 1816, éloigné de toute implication politique(18)cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. I, p. 51.

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Réferences   [ + ]

1. cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. I, pp. 50-51
2. cf. J. TULARD, J.-F. FAYARD et A. FIERRO, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Robert Laffont, 1987, p. 517
3. cf. R. COBB, Les témoignages de Rühl, AHRF 1955, p. 114 note 7, d’après la Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XVIII, Paris, Plon, 1860, p. 37
4. cf. L. LECOINTRE, « Les crimes des sept membres des anciens Comités de salut public et de sûreté générale (…) », an III, pp. 20-21
5. cf. M. EUDE, Le comité de sûreté générale de la Convention in « L’Etat et sa police en France (1789-1914) », 1979, Droz, p. 18 (note 7)
6. cf. M. EUDE, Le Comité de Sûreté générale en 1793-1794, AHRF 1985, pp. 300-301
7. cf. L. LECOINTRE, « Les crimes des sept membres des anciens Comités de salut public et de sûreté générale (…) », an III, p. 21
8. Déclaration du citoyen Denis Julien, Rapport au nom de la commission de vingt-un, n° XXVI, p. 189
9. cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889, t. I, pp. 50-51
10. cf. L. LECOINTRE, Robespierre peint par lui-même et dénoncé par ses propres principes (…), impr. du Rougyff, s.d. (an II), p. 3
11. Cf. Papiers inédits trouvés chez Robespierre, St-Just, Payan, etc., t.II, pp.367-370
12. cf. Martyn LYONS, The 9nth Thermidor – Motives and effects in European Studies Review, 1975,  p. 127, d’après A.N., W501, fonds Fouquier
13. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XXXIII, p. 417
14. cf. Paul SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 218 (note 3)
15. cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 219, d’après Edme-Bonaventure COURTOIS, Rapport (…) sur les événements du 9 thermidor…, Paris, de l’Imprimerie nationale, floréal an IV, p. 66 (note 1, témoignage de Robin)
16. cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, pp. 219-220, d’après le rapport du brigadier de gendarmerie Jeannolle daté du soir-même, A. N., F7 4432
17. cf. A. MATHIEZ, Robespierre à la Commune in « Autour de Robespierre » Payot, 1957, p. 223, d’après A.N., F7 4432
18. cf. A. ROBERT, E. BOURLOTTON & G. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français (…) de 1789 à 1889 t. I, p. 51

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