SECTIONS PARISIENNES

Formation des sections parisiennes

L’organisation municipale de Paris fut instituée par le décret du 21 mai/27 juin 1790. Il succède au règlement royal du 13 avril 1789 qui  avait divisé la capitale, autrefois composée de 21 quartiers en 60 districts(1)cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, pp. 7-9.

Quarante-huit sections remplacent désormais les 60 districts. Elles ne devaient être considérées que comme des parties de la Commune de Paris, et ont été constituées de manière à être homogènes en nombre de citoyens actifs (art. 6)(2)cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 10.

Institutions et fonctionnement des sections parisiennes

Chaque section est composée d’un comité civil, d’un comité révolutionnaire et d’une force armée.

  • L’assemblée générale de section ne peut discuter les actes de la municipalité, mais accueille des réunions pacifiques de citoyens, et peut envoyer des délégations (25 hommes au maximum) pour porter des adresses aux autorités de toute sorte (art. 20)(3)cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 12. Tenue par quelques personnalités (une centaine sur les milliers d’habitants dans chaque section), elle contribue pour une grande part à la formation de l’opinion publique. Elles votent pour la désignation des  membres de l’administration départementale et des députés de l’assemblée nationale (art. 8)(4)cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 10.
  • Le comité de section ou comité civil (16 membres, élus par l’assemblée de section) s’occupent de la gestion des tâches quotidiennes (déclarations de décès, police, entretien, répartition et attribution des cartes de rationnement) et servent d’intermédiaire entre l’assemblée de section et la municipalité.
  • Créés au printemps 1793, les comités de surveillance ou comités révolutionnaires exercent chacun dans leur section la surveillance politique : limités tout d’abord aux seuls étrangers, leurs attributions s’étendent à la délivrance de la carte de sûreté, et à une influence dans la délivrance des certificats de civisme. Ils sont en correspondance directe avec le Comité de sûreté générale.

A partir de 1792, les séances des corps administratifs devaient être publiques. Dès lors, les sections firent de leur propre autorité la publicité de leurs assemblées. Ils placèrent des tribunes qui se remplirent de citoyens passifs, de femmes et d’enfants(5)cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 108.
En juillet 1792, les sections abolissent en leur sein la distinction entre citoyens passifs et actifs. Par ailleurs, le Conseil général de la Commune, pour faciliter l’entente entre les sections lui accorde un bureau central de correspondance. Il est établi dans les bâtiments du Saint Esprit près de la Maison Commune, est ouvert de 9 h. à 15 h. et de 19 h. à 21 h.(6)cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, pp. 109-110 Puis le bureau central devient par abus le lieu d’une réunion des commissaires qui va tendre à remplacer le pouvoir de la Commune(7)cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 113.

Les 48 sections de Paris

Plan des 48 sections parisiennes de 1790 à 1794

L’insurrection du 9 thermidor dans les sections parisiennes

Selon Albert Mathiez, « les papiers des sections relatent la lutte longtemps indécise qui s’engagea, dans chacune d’elles, entre les partisans de la Commune et ceux de la Convention, entre minuit et deux heures du matin »(8)cf. A. MATHIEZ, Robespierre à la Commune le 9 Thermidor, in « Autour de Robespierre », Payot, 1957, pp. 222-223 (note).

Vers 18 h., le Conseil général de la Commune cherche à se mettre en correspondance avec les assemblées générales de sections, dont il a sollicité la tenue exceptionnelle (puisque depuis le 14 frimaire, elles ne sont censées se tenir que chaque quintidis et décadis), et appelle les autorités constituées des sections, comités civils et révolutionnaires, commandants de la force armée des sections, à rejoindre et s’unir à la Commune(9)cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, pp. 225 (+ note 4)-227.

Les sections reçoivent dans leur ensemble la convocation du Conseil général entre 19h30 et 21 h. On dénombre, parmi les autorités constituées qui s’y rendirent :

  • 12 comités révolutionnaires (CR) sur 48
  • 16 comités civils (CC) sur 48
  • 9 commandants (en chef ou en second) de compagnies de sections sur 96(10) Total réalisé par Sainte-Claire Deville, duquel il exclut étrangement deux signatures de membres du comité civil de la section de Popincourt et une de celui des Droits-de-l’Homme. Cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, p. 227 (note 2)

Sur les 39 assemblées de section (AG) qui siégèrent en permanence, 35 se rangèrent d’emblée derrière la Convention. Celles des Sans-Culottes et du Finistère hésitèrent, et seules celles du faubourg Saint-Marcel (les sections de l’Observatoire et de Chalier) se rangèrent nettement derrière Robespierre, avant de se raviser tard dans la nuit(11)cf. G. RUDÉ, La foule pendant la Révolution française, p. 161.

Des sections ayant répondu à son appel, le Conseil général de la Commune a dressé la liste suivante(12)Elle dressa également une liste nominative du personnel de section ayant prêté serment à la Commune. Cf. « Liste des sections venues prêter le serment de fidélité à la cause de la liberté », in P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XXXIV, pp. 44-45 :

Les sections des Marchés, de la Maison-Commune, du Finistère et de l’Observatoire furent parmi les premières à prêter serment, autour de 19 h.,  au Conseil général(13)cf. « Séance extraordinaire du 9 thermidor — Procès-verbal de la séance », in P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XXXIV, pp. 49-50.

D’après Mathiez, la nouvelle de la mise hors la loi de la Commune arrive vers 23 h. à la section de Mutius Scœvola (Luxembourg), vers minuit à la section de Bondy, au Bonnet-Rouge et au Pont-Neuf et… à minuit et demi à la section des Tuileries(14)cf. A. MATHIEZ, Robespierre à la Commune le 9 Thermidor, in « Autour de Robespierre », Payot, 1957, p. 219 (note 2).

Détail des 48 sections de Paris

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Réferences   [ + ]

1. cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, pp. 7-9
2. cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 10
3. cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 12
4. cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 10
5. cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 108
6. cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, pp. 109-110
7. cf. Ernest MELLIÉ, Les sections de Paris pendant la Révolution Française, Paris, 1898, p. 113
8. cf. A. MATHIEZ, Robespierre à la Commune le 9 Thermidor, in « Autour de Robespierre », Payot, 1957, pp. 222-223 (note)
9. cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, pp. 225 (+ note 4)-227
10. Total réalisé par Sainte-Claire Deville, duquel il exclut étrangement deux signatures de membres du comité civil de la section de Popincourt et une de celui des Droits-de-l’Homme. Cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, p. 227 (note 2)
11. cf. G. RUDÉ, La foule pendant la Révolution française, p. 161
12. Elle dressa également une liste nominative du personnel de section ayant prêté serment à la Commune. Cf. « Liste des sections venues prêter le serment de fidélité à la cause de la liberté », in P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XXXIV, pp. 44-45
13. cf. « Séance extraordinaire du 9 thermidor — Procès-verbal de la séance », in P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution, t. XXXIV, pp. 49-50
14. cf. A. MATHIEZ, Robespierre à la Commune le 9 Thermidor, in « Autour de Robespierre », Payot, 1957, p. 219 (note 2)

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