FÊTE DE BARA & VIALA

Fête de Bara & Viala

Fête prévue pour le 10 thermidor à l’occasion de la panthéonisation de deux jeunes martyrs de la République, Joseph Agricol Viala et Joseph Bara, respectivement âgés de 13 et 14 ans et tués au combat.

A l’origine des panthéonisations de Bara et Viala

Bien que ses causes profondes sont peut être à chercher du côté du passage du genre littéraire de l’oraison à celui de l’éloge funèbre, c’est le choc créé par le décès de Mirabeau le 2 avril 1791 qui décida de la conversion de l’église (conçue par Soufflot en 1780) en un lieu de sépulture pour les dépouilles des grands hommes. La panthéonisation du tribun est adoptée le surlendemain en même temps qu’était pourtant décrété que tout autre demande panthéonisation ne pourra être validée que par la législature suivante(1)cf. Michel BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 221-223.

Pourtant, l’assassinat de Le Pelletier le 20 janvier 1793, poignardé pour avoir voté la mort du roi, lui ouvre quatre jours plus tard les portes du Panthéon(2)cf. Michel BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, p. 230. Les incitations à la prudence du Girondin Lanjuinais, mentionnant la compromission de Mirabeau avec la cour établie par l’examen des papiers de l’armoire de fer et rappelant qu’à cette occasion il fut décidé que l’on pourrait rentrer au Panthéon seulement dix ans après son décès furent ignorés(3)cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 225-229.

Soutenue par une intense mobilisation populaire et par David, la panthéonisation de Marat est validée par le rapport du Comité d’Instruction publique rendu par Joseph-Marie Chénier du 5 frimaire an II (25 novembre 1793), qui décide en même temps de l’exclusion de Mirabeau. A sa suite, les honneurs du Panthéon sont réclamés pour les conventionnels Gasparin (proposé par Moyse Bayle, Baille et Beauvais (soutenus par Merlin de Thionville) ou le jacobin lyonnais Chalier (appuyé par Couthon)(4)cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 235-239.

Le 23 nivôse (12 janvier 1794), deux semaines après avoir demandé et obtenu la panthéonisation de Bara, Robespierre plaida pour celle de Fabre de l’Hérault, premier représentant tombé au front. Toutes sont aussitôt adoptées par la Convention sans même passer cette fois-ci par le Comité d’Instruction publique.

Toutefois, après celle de Lepelletier de Saint-Fargeau, plus de six mois devaient se passer avant que toute nouvelle entrée ne survienne. Thuriot, relayant le 18 germinal (7 avril) la demande de la Société populaire de Montpellier qui plaidait pour la cause de Beauvais, ne relança que durant quelques jours la question de l’examen des panthéonisations en cours(5)cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, p. 241.

Par son rapport du 23 messidor (11 juillet 1794), David fixe la fête à organiser à l’occasion de l’admission au Panthéon de Bara et Viala au 10 thermidor.

Derniers préparatifs de la fête de Bara & Viala

Le 5 thermidor est jouée une pièce sur Viala au Théâtre de l’Opéra-Comique National : « Agricole Viala ou le héros de 13 ans »(6)Réimpression du Moniteur Universel, Vol. 21, p. 307.

On trouve le programme de la fête dans le numéro du 5 thermidor du Moniteur Universel. De par les manifestations théâtrales qui l’accompagnent et sa dimension de fête officielle, la fête de Bara & Viala était sous le contrôle de la Commission d’Instruction publique(7)cf. A. AULARD, Recueil des actes du Comité de Salut public, Table (t. VI-XVII), p. 130.

Le Conseil général de la Commune et le Comité de Salut Public avaient chargé le maire et l’agent national de réunir les assemblées de section le 8 thermidor. Ce jour-là vers 18 h., Fleuriot-Lescot signale n’avoir toujours pas reçu de rapport de la Commission d’Instruction publique ou de David(8)cf. Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc. t. III, pp. 291-292.

Durant la première décade de thermidor, le Comité d’Instruction publique règle encore de nombreux détails ou apporte des modifications à la Fête : chants à intégrer dans la cérémonie, des vers des poètes qu’il fallait réciter place du Panthéon, etc. Le 1er thermidor, la demande des veuves des vainqueurs de la Bastille d’assister à la fête du 10 thermidor lui est renvoyée. Le comité d’Instruction renvoie à la municipalité l’instruction suivante : « Le Maire sera invité à faire exécuter les mesures de police, et les deux décharges d’artillerie aux heures indiquées dans le plan de David… ».

Le Comité de Salut Public fit remarquer à David que l’heure indiquée pour le commencement de la fête était trop tardive, et que cela pourrait avoir des inconvénients. Le moment de rassemblement des sections aux Tuileries était fixé à trois heures, et le départ du cortège à cinq heures(9)cf. notes 1 111 & 1 113 des Documents complémentaires au catalogue de l’œuvre de Louis David, Paris, Fondation Wildenstein, 1973, citant le Comité d’Instruction Publique t. IV, pp. 835, 853-854, 856.

Après le discours de Robespierre du 8 thermidor, David montait à la tribune pour proposer que la fête commençât à 9 heures du matin, ce qui sera adopté(10)cf. note 1 117 des Documents complémentaires au catalogue de l’œuvre de Louis David, Paris, Fondation Wildenstein, 1973, citant le Comité d’Instruction Publique t. IV, pp. 856-862.
Après l’arrestation de Robespierre le 9 thermidor à la Convention, le député Fayau dénonce une section parisienne qui aurait demandé des fusils pour armer des jeunes gens pendant la fête (ce qui a été refusé)(11)cf. Françoise BRUNEL, 1794. Thermidor. La chute de Robespierre, p. 100.

Le 9 thermidor, Giot devait s’occuper de détails relatifs à la fête de Bara et Viala(12)cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 206.

Durant la séance du soir, peu après la libération d’Hanriot et la mise hors la loi proposée par Voulland, Billaud-Varenne demande d’ajourner la fête(13)cf. Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XXI p. 341.

Bara et Viala éclipsés par le 9 thermidor

La chute de Robespierre devait fermer les portes du sanctuaire aux dépouilles de ceux pour lesquels il avait plaidé, mais également aux autres excepté Marat, qui y fut admis le 5e jour des sans-culottides de l’an II (20 septembre 1794), au cours d’une cérémonie quelque peu éclipsée par la fête de la Fraternité ainsi qu’une célébration des victoire militaires(14)cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 242-243. Durant l’hiver 1794-1795, une campagne pamphlétaire se déchaîna contre la présence de Marat au Panthéon. Le 20 pluviôse an III (8 février 1795), Dumont fit adopter à la Convention un décret réaffirmant le délai de dix ans nécessaires entre la mort d’un citoyen et sa possible panthéonisation. L’ensemble des panthéonisations de l’an II (dont seules celles de Marat et Lepelletier avaient abouties) étaient de facto annulées, et la réaction thermidorienne figea le débat : ni les Girondins ou Danton, ni Féraud ne furent proposés aux honneurs du Panthéon(15)cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 223-224.

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Réferences   [ + ]

1. cf. Michel BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 221-223
2. cf. Michel BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, p. 230
3. cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 225-229
4. cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 235-239
5. cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, p. 241
6. Réimpression du Moniteur Universel, Vol. 21, p. 307
7. cf. A. AULARD, Recueil des actes du Comité de Salut public, Table (t. VI-XVII), p. 130
8. cf. Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc. t. III, pp. 291-292
9. cf. notes 1 111 & 1 113 des Documents complémentaires au catalogue de l’œuvre de Louis David, Paris, Fondation Wildenstein, 1973, citant le Comité d’Instruction Publique t. IV, pp. 835, 853-854, 856
10. cf. note 1 117 des Documents complémentaires au catalogue de l’œuvre de Louis David, Paris, Fondation Wildenstein, 1973, citant le Comité d’Instruction Publique t. IV, pp. 856-862
11. cf. Françoise BRUNEL, 1794. Thermidor. La chute de Robespierre, p. 100
12. cf. P. SAINTE-CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II. Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire, Paris, Plon, 1946, p. 206
13. cf. Réimpression de l’ancien Moniteur, t. XXI p. 341
14. cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 242-243
15. cf. M. BIARD, La liberté ou la mort. Mourir en député, 1792-1795, Taillandier, 2015, pp. 223-224

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