6 thermidor an II (24 juillet 1794, vieux style)

Décisions et faits militaires du 6 thermidor

L’armée du Nord dirigée par Pichegru prend Anvers pendant que Jourdan et l’armée de Sambre-et-Meuse prennent Liège(1)cf. J. TULARD, J.-F. FAYARD et A. FIERRO, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Robert Laffont, 1987, p. 370 ; Henri LAMBERT, Accusé Pichegru, levez vous !, pp. 55-56

Le Tribunal révolutionnaire au 6 thermidor

  • Fouquier-Tinville reçoit une lettre du concierge de la prison du Luxembourg relative aux conspirations des prisons.
  • Exécution de l’abbé de Montesquiou-Laboulbène, voisin de Collot d’Herbois et faisant partie des contre-révolutionnaires de la section Lepelletier ayant réussi un temps à se repeindre en patriotes(2)cf. A. de LESTAPIS, Autour de l’attentat d’Admiral, AHRF 1957, note p. 12. Il avait été arrêté à la mi-floréal(3)cf. AHRF 1957, A. de LESTAPIS, Autour de l’attentat d’Admiral, p. 110 avec un ensemble de personnalités, dénoncés comme complices de Batz, lequel aurait contribué à ce qu’Admiral commette son attentat.
  • Dans la prison du Plessis, un hussard appelé pour comparaître au Tribunal révolutionnaire serait parvenu à se soustraire à son jugement. N’ayant pas trouvé ses compagnons dans la charrette, il refuse de s’y rendre sans eux, repoussant les gardes grâce à une barre de fer, et serait demeuré en prison(4)cf P.-J.-A. ROUSSEL, Histoire secrète du Tribunal révolutionnaire : contenant des détails curieux (…) p. 16.

Sections parisiennes

Trois sections de Paris réclament la libération de Legray, membre du comité révolutionnaire de la section du Museum, emprisonné le 2 thermidor pour propos hostiles à Saint-Just, Barère et plus généralement au Comité de salut public(5)cf. A. MATHIEZ, Girondins et Montagnards, Paris, Firmin-Didot, 1930, pp. 189-192 ; Jean MASSIN, Almanach de la Révolution française — des Etats généraux au 9 thermidor, Club français du livre, 1963, p. 315.

Séance des Jacobins du 6 thermidor

La traditionnelle lecture de la correspondance de début de séance est abrégée par Robespierre, en raison de certaines lettres « dont le contenu devait faire douter de la vérité »(6) D’après le Journal de la Montagne du 10 thermidor, l’auteur (Th. Rousseau) précisant qu’il a déjà publié certaines de ces lettres les jours précédents, cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution ou Journal des Assemblées nationales, depuis 1789 jusqu’en 1815, t. XXXIII, 1837, pp. 385-386.

Couthon reprend au début de son allocution la version de Barère prononcée la veille à la Convention selon laquelle il n’y a aucune mésentente au sein du Gouvernement révolutionnaire. Bien qu’il attribue comme lui les rumeurs disant le contraire à de la malveillance anti-patriotique, il leur reconnait toutefois une part de vérité : « S’il y a eu des divisions entre les personnes ; il n’y en a jamais eu sur les principes : et je dois dire que la Convention, dans sa très-grande majorité, est d’une pureté exemplaire ».

Il implique le Comité de Sûreté Générale mais l’excuse aussitôt : « Je n’inculpe point les membres, ils ont les intentions pures ; mais je dirai que ce comité a été entouré de scélérats ; des actes arbitraires exercés en son nom ont porté l’épouvante dans le cœur des patriotes », et poursuit sur l’exemple de Sénard(7) Couthon rédigera le lendemain son acte de destitution du poste d’agent national de Tours, cf. Alphonse AULARD, Recueil des Actes du Comité de salut public t. XV, p. 416, dont les excès ont fini par être admis par son comité de tutelle(8)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, pp. 386-387. Mais une faction déstabilisatrice est bel et bien animée de l’étranger : « Il en existe jusque dans le sein de la Convention nationale. Heureusement qu’ils y sont en bien petit nombre, très-petit nombre, et que la vertu et l’énergie de la Convention nationale peuvent écraser à volonté les cinq ou six petites figures humaines, dont les mains sont pleines des richesses de la République, et dégouttantes du sang des innocens qu’ils ont immolés. »(9)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837 p. 387

Couthon cherche à rassurer en circonscrivant les problèmes : s’il demeure vague sur l’identité et les modalités d’exclusion de ces quelques perturbateurs, il se défend vivement de vouloir attenter à la représentation nationale, « Je ne propose ici aucune mesure particulière (…), je demande seulement que les hommes de bien se rallient, que des représentans purs se détachent de ces cinq ou six êtres turbulens, et que, dès ce jour, ils décrivent la ligne de démarcation entre eux et les méchans. »(10)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, p. 388.

Sur le volet militaire, il critique le principe de l’établissement de l’Ecole de Mars (qui entraîne une brève réaction de Le Bas pour défendre l’institution) (11)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837 p. 389 et le dégarnissement de trop nombreuses compagnies de canonniers parisiens. Le commissaire au mouvement des armées, Pille, est dénoncé nommément(12)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, pp. 388-389.

Le président du Tribunal révolutionnaire Dumas prend la suite pour dénoncer les démarches de Magenthies(13)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, pp. 389-390, lequel adressa au club et à la Convention de nombreuses pétitions pour réclamer que lui soient remboursées des sommes dues par Magon-Labalue, reconnu coupable de conspiration et guillotiné. Le jour même, un arrêté du Comité de salut public ordonne l’arrestation de Magenthies(14) signé par Saint-Just, Billaud-Varenne et Barère, cf. Alphonse AULARD, Recueil des Actes du Comité de salut public t. XV, p. 402.

Une citoyenne de la section des Gravilliers attaque ensuite Léonard Bourdon et la société du Vert-Bois, responsables de l’arrestation de cinq personnes libérées depuis par le Comité de sûreté générale grâce à l’entremise de Javogues(15)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, pp. 390-391. Elle demande la mise en place de défenseurs officieux pour faire libérer d’autres patriotes innocents incarcérés, ce qui est appuyé par Javogues et Dumas. Léonard Bourdon nie de son côté être impliqué dans l’arrestation, et défend mollement la société du Vert-Bois, évoquant même la possibilité de sa fermeture(16)cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, p. 391.

Durant la séance aurait également eu lieu un incident autour de Gouly, secrétaire aux Jacobins qui, jugeant que Robespierre et Couthon entretenaient depuis longtemps déjà le club sur des conspirations en cours, demanda une séance extraordinaire pour le lendemain, afin que ces derniers s’expliquent plus nettement sur la situation. L’Incorruptible aurait coupé court à l’initiative en demandant la question préalable(17)cf. G. WALTER, Maximilien de Robespierre, Gallimard (ed. de 1989), p. 457, d’après une déposition post-thermidorienne de Gouly restée inédite : B.N., 8° Ln27. 8972.

Au Gouvernement révolutionnaire

Divers

Décès de Nièvre, la fille de Fouché (à moins qu’elle ne soit survenue le 5 thermidor).
Retour de Félix, membre du Conseil général parisien en mission dans l’Ouest depuis plus d’un an. Il sera chargé le 10 thermidor de constater l’identité des insurgés robespierristes mis hors-la-loi(21)cf. P. SAINTE CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II, Plon, 1946, pp. 151-153.
Madame Duplay aurait reproché à Saint-Just son attitude vis-à-vis de Robespierre(22)Albert OLLIVIER, Saint-Just et la force des choses, Hachette (LDP), 1966, p. 152.

D’après sa brochure Robespierre peint par lui-même… sortie aux lendemains de l’événement thermidor, Lecointre aurait du remettre pour impression son acte d’accusation contre Robespierre à Guffroy, sans préciser si la chose fut réellement accomplie(23)cf. Jolène BUREAU, «Robespierre meurt longtemps» : analyse d’une légende noire et de ses mécanismes de transmission et de survivance. (Mémoire de maîtrise). Université du Québec à Montréal, pp. 52-53 d’après L. LECOINTRE, Robespierre peint par lui-même et condamné par ses propres principes, ou dénonciation des crimes de Maximilien-Marie-Isidore Robespierre (…), et projet d’acte d’accusation, impr. de Rougyff, s.d., p. 4.

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Réferences   [ + ]

1. cf. J. TULARD, J.-F. FAYARD et A. FIERRO, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Robert Laffont, 1987, p. 370 ; Henri LAMBERT, Accusé Pichegru, levez vous !, pp. 55-56
2. cf. A. de LESTAPIS, Autour de l’attentat d’Admiral, AHRF 1957, note p. 12
3. cf. AHRF 1957, A. de LESTAPIS, Autour de l’attentat d’Admiral, p. 110
4. cf P.-J.-A. ROUSSEL, Histoire secrète du Tribunal révolutionnaire : contenant des détails curieux (…) p. 16
5. cf. A. MATHIEZ, Girondins et Montagnards, Paris, Firmin-Didot, 1930, pp. 189-192 ; Jean MASSIN, Almanach de la Révolution française — des Etats généraux au 9 thermidor, Club français du livre, 1963, p. 315
6.  D’après le Journal de la Montagne du 10 thermidor, l’auteur (Th. Rousseau) précisant qu’il a déjà publié certaines de ces lettres les jours précédents, cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution ou Journal des Assemblées nationales, depuis 1789 jusqu’en 1815, t. XXXIII, 1837, pp. 385-386
7. Couthon rédigera le lendemain son acte de destitution du poste d’agent national de Tours, cf. Alphonse AULARD, Recueil des Actes du Comité de salut public t. XV, p. 416
8. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, pp. 386-387
9. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837 p. 387
10. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, p. 388
11. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837 p. 389
12. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, pp. 388-389
13. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, pp. 389-390
14. signé par Saint-Just, Billaud-Varenne et Barère, cf. Alphonse AULARD, Recueil des Actes du Comité de salut public t. XV, p. 402
15. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, pp. 390-391
16. cf. P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution (…), t. XXXIII, 1837, p. 391
17. cf. G. WALTER, Maximilien de Robespierre, Gallimard (ed. de 1989), p. 457, d’après une déposition post-thermidorienne de Gouly restée inédite : B.N., 8° Ln27. 8972
18. Cf. Albert MATHIEZ, Girondins et Montagnards, Ch. VI, p. 150 ; P.-J.-B. BUCHEZ & P.-C. ROUX, Histoire parlementaire de la Révolution, Paris, Paulin, 1837, t. XXXIII, p. 393
19. cf. Alphonse AULARD, Recueil des Actes du Comité de salut public t. XV, pp. 396-397 + note
20. cf. Alphonse AULARD, Recueil des Actes du Comité de salut public t.XV, pp. 398-399
21. cf. P. SAINTE CLAIRE DEVILLE, La Commune de l’an II, Plon, 1946, pp. 151-153
22. Albert OLLIVIER, Saint-Just et la force des choses, Hachette (LDP), 1966, p. 152
23. cf. Jolène BUREAU, «Robespierre meurt longtemps» : analyse d’une légende noire et de ses mécanismes de transmission et de survivance. (Mémoire de maîtrise). Université du Québec à Montréal, pp. 52-53 d’après L. LECOINTRE, Robespierre peint par lui-même et condamné par ses propres principes, ou dénonciation des crimes de Maximilien-Marie-Isidore Robespierre (…), et projet d’acte d’accusation, impr. de Rougyff, s.d., p. 4

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